L'histoire des rapports entre le gouvernement de l'église catholique et la sexualité humaine est extraordinaire. De Paul de Tarse à Sylviane Agacinsky, des milliers d'analystes depuis vingt et un siècles nous en parlent. Or ce sujet m'a particulièrement intéressé dans la mesure où je fus, en tant que prof de communication et de psychologie, immergé dans la jeunesse étudiante pendant trente-deux années et responsable de plusieurs enquêtes ayant pour thème le sida.
Je voudrais d'abord rappeler où nous en sommes concrètement en cette année 2008 ...
Le gouvernement de l'église catholique interdit au prêtre de vivre avec une femme. Il ne permet pas à un homosexuel de devenir prêtre ( et ne parle évidemment pas du cas des lesbiennes ). Il n'ordonne prêtre un homme marié que s'il est veuf et un diacre permanent qu'après dix années de mariage. Il ne permet pas à ce même diacre, s'il devient veuf, de se remarier. Il exclut de la communion les personnes divorcées remariées. Il enlève son ministère au prêtre parce qu'il vit avec une compagne. Il renvoie sine die le prêtre professeur dans l'une de ses facultés parce qu'il dit aimer une femme. Il déclare que l'homosexualité est un mal moral. Il n'admet pas que les hommes et que les femmes puissent utiliser des contraceptifs..
Toutes les décisions afférentes à ces situations ont été prises compte tenu des textes du magistère de l'Eglise. Elles l'ont été par des hommes âgés qui n'ont jamais pris une femme dans leurs bras. Etonnant, non ? Mais ce qui est extraordinaire, c'est que Celui pour qui ils travaillent n'a jamais eu une telle attitude envers la sexualité humaine. Jésus fut attentif et tolérant. Pierre, son premier collaborateur, était marié. Quant aux femmes qui l'accompagnaient, leurs rôles furent immenses dans les premiers jours de la chrétienté : Marie de Nazareth eut un enfant avec Dieu, Marie de Magdala et les autres compagnes ont été co-actrices de la formation des premiers groupes de chrétiens, c'est-à-dire de l'Eglise. Cette surveillance de la sexualité et cette misogynie n'ont rien à voir avec l'Evangile.
Je me permets d'être extrêmement critique sur ce point.Le fait d'avoir côtoyé pendant toutes ces années des milliers d'hommes et de femmes au seuil de leurs vies affectives et professionnelles, les étudiants, m'a donné trop de raisons pour ne pas me taire. L'immense majorité n'écoute plus la parole de l'Eglise sur la sexualité. S'ils lui reconnaissent de grands mérites dans l'organisation de la solidarité, tels l'accueil des familles en deuil et l'aide aux pauvres, ils récusent toute ingérence de sa part dans la conduite de leurs amours. La pilule, le préservatif et la virginité féminine ou masculine ne sont ni cités ni évalués dans l'Evangile. Je partage avec eux cet avis.
Je me souviendrai toujours de ce groupe de parole ( l'un des cinquante-quatre groupes que jai animés dans les années 2000 pour une enquête sur le sida et en lien avec la médecine préventive de l'université ) au cours duquel une étudiante nous a dit :" Mes parents m'ont proposé de lire l'encyclique Humanae vitae - nous sommes catholiques -. C'est un texte écrit par le pape qui traite de la contraception. Vraiment, c'est en grande partie à côté de la plaque. Evidemment il y a de beaux passages sur l'amour idéal, mais ce que le pape devrait savoir, c'est que l'amour n'est pas seulement une idée. C'est aussi vivre ensemble jour et nuit, ce sont des regards et des paroles, des baisers, des caresses, des orgasmes, des larmes et des chagrins. C'est tellement compliqué et fondamental que j'ai envie de lui dire de ne pas s'en mêler. L'amour est enfant de bohême, il n'a jamais connu de loi, dit Carmen. Le pape et ses évêques feraient mieux de s'en convaincre et de nous laisser nous aimer et de faire des enfants quand on le désire au lieu de nous interdire ceci ou cela."
Récemment ( vers le 4/11/2008 ) , le gouvernement de l'Eglise a déclaré vouloir faire intervenir des psychologues auprès des séminaristes en vue de dépister des tendances sexuelles incompatibles avec leur sacerdoce à venir. Mais si cette incompatibilté concerne les pulsions pédophiles ( enfin, ce n'est pas trop tôt ! ), il est envisagé que toutes les pulsions sexuelles ( hétérosexuelles et homosexuelles ) soient recherchées et évaluées afin de devenir facteurs de décision concernant les personnes.
L'église catholique, qui devrait être si belle et si attachante, met aujourd'hui en oeuvre des pratiques de discrimination indignes, issues de sa tragique prétention à s'ériger en surveillante générale de la sexualité humaine.