Dès l'élection du nouveau pape un grand nombre de catholiques s'interrogeaient quant à l'attitude conservatrice du cardinal Joseph Ratzinger devenu Benoît XVI. Au cours d'une rencontre entre les diacres du diocèse et le père Louis Dufaux qui était à cette époque notre évêque, je posais la question qui brûlait les lèvres de beaucoup d'entre nous : "Père évèque, Benoît XVI est-il un conservateur ?" La réponse vint sans tarder :"Pourquoi poser cette question ? L'Esprit Saint nous a donné ce pape. Il faut l'accueillir". Je me suis tourné vers mon voisin pour faire cette remarque, à voix basse :"Mais ce n'est pas l'Esprit Saint qui a mis les bulletins dans l'urne ... ce sont les cardinaux". J'ai eu le sentiment que notre évêque avait botté en touche.
Il y eut par la suite l' implantation forcée de l'Institut du Bon Pasteur dans le diocèse de Bordeaux, le Motu proprio ainsi que les incitations de plus en plus directes et claires à accepter les façons tridentines dans le domaine de la liturgie. Le souffle de Vatican II se perdait dans des chicanes.
L'un des signes les plus perceptibles de cette attitude est précisément le retour à une liturgie fastueuse. Or la profusion de symboles, notamment vestimentaires, rend leur sens inaccessible et verse dans le spectacle et le maniérisme.Il est vrai que la tradition de l'église catholique est riche. On peut y puiser de belles choses, à condition toutefois de servir l'Evangile plus que toute autre référence, comme par exemple un traditionnalisme anachronique.


Les moments cultuels éclatants comme ceux-ci remplissent les pages des magazines et des écrans de télévision. Ne devraient-ils pas être laissés dans les archives de cette grande et belle tradition de l'église, comme l'ont été la seda gestatoria et la tiare à trois couronnes, plutôt que de servir le contentement de croyants essentiellement attachés à certains rites anciens.
